Déclaration

de Dany Chamberland

 

Si je ne crois pas en Dieu, c'est d'abord et tout simplement parce qu'il n'y a aucune preuve de son existence. Mais, m'opposerez-vous, il n'y a pas de preuves qui prouvent son inexistence. Vous aurez raison, mais ici, nous entrons dans le domaine de l'irréfutable : il n'y a pas non plus de preuves de l'inexistence des lutins, du Père Noël, des petits bonhommes verts et de tout ce qui sort de l'imagination des hommes. D'ailleurs, c'est à celui qui avance quelque chose de prouver la véracité de son affirmation. Et, « Ce qui est affirmé sans preuves peut être nié sans preuves » (Euclide)

Lorsque je regarde l'humanité, j'ai bien de la misère à comprendre qu'un Dieu ait voulu cela. Nous ne sommes qu'un accident de l'évolution et qu'une composante de la nature, ce qui est très difficile à admettre pour ceux qui se croient être les enfants de Dieu. Et pourtant, nous ne sommes qu'une des manifestations de la vie, qu'un grain de poussière. Intelligent, certes, mais un grain de poussière intelligent demeure un grain de poussière.

Schopenhauer disait que « Si un Dieu a fait le monde, je n'aimerais pas être ce Dieu, car la misère du monde me déchirerait le cœur ». Dieu, selon les croyants, est absolument bon. Mais comment ne pas rendre Dieu, qui par définition est tout-puissant, responsable du mal dans le monde ? Ou bien il est responsable du mal ou bien il ne l'est pas et alors il perd sa toute-puissance et il n'est pas Dieu. Il nous a créé libre ? L'homme n'est pas la seule cause du mal dans le monde et de toute façon, Dieu ne nous a-t-il pas alors créé tel quel c'est-à-dire avec toutes nos imperfections ? Et pourquoi, s'il nous a laissé libres, on le rend responsable de plusieurs interventions « miraculeuses » ? Dieu nous a créés à son image ? On remarque là tout l'orgueil de l'homme dans cette déclaration et son insignifiant anthropocentrisme. Enfin, « Dieu n'a pas créé l'homme, c'est l'homme qui a créé Dieu » (Voltaire).

La peur de la mort nous conduit à croire qu'il y a une vie après la mort, histoire de se rassurer un peu devant l'inéluctable. La mort est un événement naturel, impossible à éviter. « La vie sans fin que tu cherches, tu ne la trouveras pas » répond-on à un Gilgamesh à la recherche de l'immortalité. Doit-on craindre la mort pour autant ? À cela, Épicure répond que l'on n'a pas besoin de craindre la mort puisque nous ne la rencontrons jamais. Lorsque nous sommes encore là, elle n'y est pas encore. Et quand elle est là, nous n'y sommes plus.

L'Univers et le monde n'ont pas de sens. Le monde est muet. La nature est, tout simplement. Il n'y a rien à expliquer, aucun mystère, aucun dessein secret. Ne sommes-nous pas, dans ce contexte, effrayés par le « silence éternel de ces espaces infinis » (Pascal) ? L'homme est seul au milieu de l'infini. Nous nous divertissons, nous consommons à droite et à gauche pour ne pas faire face à ce monde dont le sens n'existe pas. Nous avons alors besoin de réponses et de certitudes devant ce constat d'insignifiance afin de donner un sens à ce qui n'en a pas. Mais, ce n'est pas en inventant un sens qu'il devient une vérité. On peut s'illusionner tant qu'on veut mais la réalité n'en demeure pas moins la réalité : c'est le silence. En termes de sens, l'univers ne nous répond pas. La fameuse question « Qui sommes-nous ?, d'où venons-nous ? et où allons-nous ? » n'a pas de réponse. C'est peut-être que la question ne se pose pas. Bien sûr, lorsque l'on arrête de se faire croire que nos biens de consommation ou que notre travail est ce qui donne un sens à notre vie, il est bien tentant de donner un sens à tout ça et l'on peut comprendre pourquoi l'homme croit, malgré toutes les raisons contraires.

Il serait important, il me semble, de savoir accepter que l'on ne saura jamais tout : la connaissance de l'univers sera toujours – heureusement – partielle. La raison ne peut apporter de réponses à tout. Chercher, et non trouver : « Dieu bénit l'homme, non pour avoir trouvé, mais pour avoir cherché. » (Victor Hugo)

Ne pas croire en Dieu signifie t-il que je suis un être sans morale ? Je ne crois pas et je pourrai même croire au contraire : comme il n'y a pas de vie après la mort, il importe de prendre soin de la seule que nous ayons. Dans ce contexte, il n'y aura pas de deuxième chance. Faire acte de bonté ne m'apportera pas de récompenses dans l'au-delà mais un monde un peu meilleur ici et maintenant et par conséquent, moins de maux pour ma vie présente. C'est le monde le plus important car c'est le seul monde dont j'ai la certitude de son existence. Nous sommes peut-être petits, nous sommes peut-être seuls, mais nous pouvons toujours être seul ensemble, pour notre plus grand bien à tous.

Le monde apparaît alors absurde et plus difficile à assumer. Pourtant, ce n'est qu'en prenant compte de l'absurdité du monde que l'on peut le rendre moins absurde. Cette voie est plus difficile mais plus prometteuse car on peut alors regarder la réalité en face.

Quant aux religions institutionnalisées, il ne vaut pas la peine ici de les critiquer, ne serait-ce que par charité envers elles. L'intolérance est la norme, bien qu'heureusement des millions de leurs fidèles ne suivent pas les enseignements de leur religion à la lettre. De plus, « Aucune révélation ne peut être considérée comme universelle car les temps et les circonstances changent. » (Vine Deloria). L'avenir ne passe pas par une intervention divine ou par des croyances à des superstitions mais par une plus grande sagesse.