Michel NAUD

Nantes (44)

 

le 18 décembre 1953

ingénieur, chef d’entreprise

 

« La vie n’existe pas ! »

Ernest KAHANE (1903-1996)*

 

« Rien de ce que nous savons jusqu’ici ne nous autorise à voir dans la vie autre chose que l’enchaînement naturel des phénomènes physiques et chimiques qui se passent dans les êtres vivants.

 

Cet enchaînement, qui repose sur l’interaction d’une quantité infinie de facteurs, est nécessairement d’une complexité extrême et nous ne pouvons avoir la prétention d’en comprendre actuellement tout le mécanisme.

 

L’apparition d’un ordre nouveau de phénomènes, à chaque étape de la construction d’un édifice matériel dans l’être vivant, est la conséquence naturelle des lois qui régissent la matière ; nous ne devons donc pas attribuer des propriétés des ensembles à des forces qui n’auraient pas leur source dans les constituants, même si nous ne sommes pas en état de comprendre la relation entre les phénomènes qui se produisent avant et après l’association des parties élémentaires.

 

Malgré la conscience que nous avons de toute l’imperfection de notre savoir, nous ne nous laisserons donc pas aller à voir, dans les phénomènes vitaux, l’intervention d’une force distincte des forces physico-chimiques qui régissent la matière et surtout nous n’invoquerons pas la « Vie » comme la cause de ce que nous ne pouvons pas encore expliquer dans le fonctionnement des êtres vivants car elle n’est autre que ce fonctionnement lui-même »

 

Quelle belle illustration d’une posture de Bright dans le champ des sciences de la vie. Ce texte a été écrit … en 1922, bien avant la découverte de l’ADN, par le Docteur Jean Nageotte (1866-1948), biologiste français, dans son ouvrage publié à Paris intitulé L’organisation de la matière dans ses rapports avec la vie .

 

Plus de quatre-vingt ans après, depuis le 30 septembre 2004, une loi de bioéthique met fin à dix ans d’interdiction de la recherche en France sur les lignées de cellules souches embryonnaires humaines, interdiction faisant suite au lobbying des religieux officiels et officieux au nom du caractère sacré de la vie … tout est pourtant encore très loin d’être réglé car cette loi de bioéthique de 2004 reste encore extrêmement prohibitionniste.

 

En cette fin de 2004 c’est toujours au nom de cette même conception religieuse de la « Vie » qu’un groupe d'une soixantaine de pays menés par Washington continue de tenter (mais n'a pas encore réussi) d’imposer à l’ONU un interdit total de la recherche sur le clonage de cellules humaines, y compris à des fins de recherche médicale (ou clonage thérapeutique).

 

En cette fin de 2004 c’est toujours au nom de cette même conception religieuse de la « Vie » que les femmes irlandaises, les femmes portugaises et les femmes polonaises, dans cette Europe pour laquelle d’aucuns voulaient une constitution faisant référence à « l’héritage chrétien», sont prises au piège de l’interdiction de l’interruption de grossesse.

 

Le contraste est saisissant.

 

Alors oui il est temps de donner tort à André Malraux qui annonçait un vingt-et-unième siècle religieux !

 

Oui il est temps que partout nous disions que les éléments surnaturels et mystiques ne sont d’aucun secours pour notre compréhension de l’univers, et ne sont d’aucun secours, bien au contraire, pour aider les êtres humains à convenir, ensemble, des règles de convivialité, de « vivre ensemble », que l’on nomme « éthique ».

 

Nous n’avons pas d’autre méthode que la méthode scientifique pour appréhender le réel avec fiabilité, et la Raison est le meilleur outil dont dispose l’être humain pour résoudre les problèmes qui se posent à lui à titre individuel et en tant qu’espèce du règne animal.

 

Comme le notait le biologiste Ernest Kahane, « pour une grande partie du public, pour beaucoup de philosophes, et pour quelques savants, [la] conception scientifique de la vie est en concurrence avec le poids d’une tradition lourde de métaphysique ». C’est pour tenter de lutter contre cette confusion qu’il avait donné comme titre à l’ouvrage cité en exergue ce titre à la fois synthétique et provocateur « la Vie n’existe pas ».

 

C’est parce que ce combat est loin d’être fini, et que son issue ne dépend que de chacun d’entre nous, qu’il est vraiment temps que les Brights sortent de l’ombre !

 

Michel NAUD, 31 décembre 2004

 

 

 

 

*La vie n’existe pas – publié en 1962 aux Editions Rationalistes, 16 rue de l’école polytechnique, 75005 Paris, par Ernest Kahane, professeur de chimie biologique à la Faculté des Sciences de Montpellier, secrétaire général de l’Union Rationaliste.